Mes mains, quelle fumée!

Dès que je touche à tes cheveux j’arrache les miens. Dès que je forme un vœu, il s’évanouit – comme si personne n’y pourra plus penser. Comme si toute possibilité m’était retirée aussi aisément que la queue d’une tomate trop mûre. Hop, je te cueille. Comme si ma pensée annulait le monde. Je pense à cet homme et cet homme disparaît. Mon esprit retient mollement le nom d’un crustacé sur le menu et ce crustacé se trouve mystérieusement rayé de la surface du globe. Ne reste plus qu’à ne penser à rien, ne rien lire, pour limiter les dégâts, pour éviter le dépeuplement tout puissant. Derrière quoi se cacher sinon derrière toi, dans ce brouillard ?

Extrait de Ma Ralentie, recueil de prose poétique appuyé sur Henri Michaux, inédit.